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(Extrait  issu du Livre «NORMANDIE 1944» de Georges BERNAGE)

 

La bataille des marais

 

Situation du front le 2 juillet

 

La bataille pour Cherbourg achevée, le commandement américain répartit ses forces en quatre corps d’armée et les dirige toutes maintenant vers le sud.

 

D’ouest en est ce sont :- le VIII Corps (nouvellement arrivé),- le VII Corps (qui a participé à la bataille du Cotentin avec le Maj. Gen. Collins à sa tête), le XIX Corps (nouvellement arrivé) et enfin le V Corps (qui a débarqué à Omaha Beach) et combat depuis près d’un mois dans l’ouest du Calvados). Le fait que les états-majors des VIII et XIX Corps soient nouvellement arrivés ne signifie pas que toutes les divisions qui leur sont rattachées le soient aussi. En fait, les divisions débarquées en renfort dès la fin juin viendront s’intercaler dans le dispositif pour le rendre plus puissant et on trouvera ainsi, en alternance sur la ligne de front, des unités qui ont participé aux combats dans les premières semaines (4e, 9e, 79e, 90e, 1re, 2e, 29e divisions d’infanterie) et des unités « fraîches ». Les quatre commandements de corps d’armée ayant chacun à leur disposition des unités déjà expérimentées et d’autres qui ne le sont pas.

 

Face à ce développement des opérations, le commandement allemand n’a pas repris l’initiative. Le 18 juin, après la campagne de la Presqu’île du Cotentin, le gros des unités d’infanterie s’est retrouvé encerclé au nord le dos à la mer, devant Cherbourg. Mais plusieurs divisions d’infanterie allemandes, disloquées par la percée américaine à l’ouest, ont vu plusieurs de leurs régiments et bataillons repoussés au nord dans la « Poche de Cherbourg » alors que d’autres, dans des conditions dramatiques, arrivaient à se replier vers le sud. C’est la cas des 243., 91. et 77. Infanterie-Divisionen. Leurs éléments qui ont décroché au sud de la presqu’île ne sont plus que des groupements tactiques ; ces trois divisions ont perdu leurs généraux, morts ou capturés.  Mais ces trois groupements sont maintenant renforcés par deux divisions nouvelles :

- la 353. Infanterie-Divisionen, commandée par le Gen. Lt Mahlmann, mise en alerte dès le 6 juin en Bretagne, s’est mise en route le 10 en avançant seulement de nuit, à pied, et a atteint le secteur de Saint-Lô les 13 et 14 juin pour ses premiers éléments, le gros de la division étant retardé par l’action de la Résistance. La 353.I.D. ne sera rassemblée que le 18 juin dans le secteur de Périers en ayant subi des pertes en route ; elle n’alignera que 11500 hommes.

- La 17.SS-Panzergrenadier-Divsion « Götz von Berlichingen » est plus puissante, c’est une division motorisée dotée de véhicules blindés dont un groupe de canons d’assaut.

 

Les Allemands ont perdu des heures précieuses dans les premiers temps du débarquement pour connaître l’ampleur de l’opération alliée et les mesures qu’il fallait lui opposer. La perte de temps principale réside dans la lenteur de la montée en ligne des renforts. Les espoirs allemands de « rejeter les Alliés à la mer » ont échoué. La division « Götz von Berlichingen »  a échoué dans cette mission dès le 13 juin et depuis, la 1st US Army a été considérablement renforcée et la percée américaine du 18 juin a été d’un poids décisif dans la bataille à venir. Elle a en effet retiré du combat près de 40 000 soldats allemands pris dans « la poche de Cherbourg », pertes à peine compensées par le renfort des deux divisions nouvelles, qui auraient dû être employées de manière offensive, et qui seront mises en défensive au sud du dispositif américain dans le Cotentin.

Les Américains, focalisés sur la prise de Cherbourg, n’interviendront pas dans le sud, à part quelques patrouilles. Cela permet aux Allemands de constituer un front défensif à la base de la Presqu’ile du Cotentin sur plusieurs lignes.

Les restes des 243.ID et 91.ID établissent une première ligne défensive à la limite des prairies marécageuses, alignant environ 3 500 combattants seulement.

La seconde ligne, s’appuyant sur La Haye-du-Puits et les prairies de marécageuses de Gorges, la Mahlmann Linie, est défendue entre autre par la 17. SS Panzergrenadier-Division.

Une troisième ligne appelée « Wasserstellung » (« position des eaux ») s’appuie, à partir de Lessay, sur trois cours d’eau : l’Ay, la Sèves et la Taute.

 

Le commandement américain vient de perdre l’opportunité d’une facile victoire. Déjà, le 6 juin 1944, le commandement britannique, trop prudent, n’a pas pris Caen, retirant ses éléments de pointe qui y étaient parvenus, alors qu’il n’y avait quasiment plus rien en face. Il faudra ensuite un mois de combats acharnés pour prendre Caen, après l’arrivée des renforts allemands. Ici, une occasion a aussi été perdue. Le commandement américain avait en effet rassemblé le plus gros de ses forces pour liquider la poche de Cherbourg. Au sud de la presqu’ile, il n’y avait que les deux divisions aéroportées pour assumer la couverture face aux faibles éléments allemands du colonel Koenig (91. ID) : la 101e est devant Carentan et la 82e entre Baupte et Portbail. Face à cette dernière, vers le 20 juin, il n’y avait que 3 000 soldats allemands fatigués, démoralisés. L’arrivée de la 353. ID et la réorganisation menée par Von Choltiz vont bien changer la situation. Ces quelques semaines de répit ont été mises à profit par les Allemands, là où il n’y avait quasiment plus rien, ils ont reconstitué un front étagé sur trois lignes successives qui ne pourra maintenant être percé aussi facilement qu’il l’aurait été vers le 20 juin. Dorénavant, la bataille sera très dure d’autant que le terrain est favorable aux Allemands : bocage très dense, zones marécageuses, trois monts dominants le paysage. Des milliers de GI’s tomberont au combat. L’offensive du VIII Corps est prévue pour le 3 juillet ; elle doit enlever La Haye du Puits et Lessay.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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L’objectif principal est en effet la route de Lessay/Périers/St-Lô. Pour l’atteindre, il faut au Lieutenant General Bradley s’emparer de Saint-Lô à l’est, pousser (au centre) devant Carentan pour se dégager de l’isthme étroit coincé entre les marais de Gorges et la canal Vire-Taute et, (à l’ouest) enlever La Haye-du-Puits et Lessay dans la foulée. Au sud de Lessay se trouve une lande plate qui court presque jusqu’à Coutances. Cette dernière cité devient donc un objectif possible à court terme pour le VIII Corps qui pourrait ainsi dégager par un « crochet du droit » toute l’armée américaine en Normandie. Dans l’immédiat, Middleton décide d’atteindre ses deux premiers objectifs – La Haye-du-Puits et Lessay - en menant une attaque en « V ». En fait, Middleton décide surtout de tirer habilement parti du terrain. Sa base de départ est en effet étranglée d’un coté par les marais de Gorges et de l’autre par les marais de la Sensurière.

Ainsi, la 82d Airborne Division attaquera en diagonale à partir du secteur de Prétot et en direction de La Haye-du-Puits sur l’axe du hameau de La Poterie. La 82D est flanquée à sa gauche par la 90th Inf. Div. qui attaquera parallèlement pour enlever le Mont-Castre à partir du nord-est et le contourner par le sud à la hauteur du hameau de Beaucoudray et du village de Lastelle. A l’ouest la 79th Inf. Div. attaquera à partir du secteur de Portbail, autour de la route Barneville/La Haye-du-Puits, pour enlever La Haye-du-Puits (mission confiée au 314th Infantry Regiment) et les hauteurs de Montgardon (mission confiée au 315th soutenu par le 313rd).

 

Les renseignements des semaines précédentes ont montré une certaine démoralisation des troupes allemandes qui a entrainé chez les Américains une sous-estimation de leur adversaire. Les rapports ont exagéré l’éparpillement des unités allemandes et sous-estimé leur étonnante faculté de réorganisation et leur flexibilité. Ces rapports ne tiennent pas compte du fait que, malgré le choc terrible causé dans le dispositif allemand par le débarquement allié, le combattant allemand reste le meilleur soldat encadré par le meilleur corps d’officiers et de sous-officiers, ce qui compense tant soit peu leur grave infériorité matérielle et numérique. Sous-estimant donc son adversaire (l’infanterie américaine va attaquer à peu près à 3 contre 1), le VIII Corps monte à l’attaque, confiant dans l’issue de la bataille.

 

Le 3 juillet

 

A l’aube du 3 juillet, une pluie fine enveloppe le secteur. Cette mauvaise surprise enlève au VIII Corps l’avantage du soutien aérien. La préparation d’artillerie va mettre les allemands en éveil. Von Choltitz ordonne à la 77e de quitter l’aile gauche du dispositif (à l’ouest de Montgardon) pour venir renforcer les positions à l’est du Mont Castre, le petit secteur qu’elle vient d’abandonner sera repris par la 243e après son repli.

 

L’attaque de la 82nd Airborne commence bien. Dès avant l’aube et le début de la préparation d’artillerie, une patrouille guidée par un jeune français mène une compagnie renforcée du 505th PIR le long du marais de la Sensurière qui atteint le flanc nord de la cote 131, le Mont Doville. A l’aube , la compagnie se trouve au milieu d’un avant-poste allemand. Surpris, cet avant-poste se replie rapidement. Vers midi, le gros du 505e régiment de paras du lieutenant-colonel Ekman a rejoint et occupe les pentes nord et est du Mont Etenclin. Quatre heures plus tard, le régiment s’est emparé de la moitié nord de la route qui s’élance, venant de Saint-sauveur le Vicomte, des marais de la Sensurière pour atteindre La Haye-du-Puits. Les pertes sont peu élevées : 4 tués, 25 blessés, 5 disparus. 146 prisonniers ont été faits, dont des Russes servant dans l’armée allemande.

 

Au centre du dispositif de la 82è, le 508è régiment de paras (col. Roy E. Lindquist), renforcé du 507è, progresse au sud du 505è suivant un axe est-ouest ; il s’empare des flancs sud du Mont Etenclin bousculant au passage des petits groupes de soldats allemands surpris de voir les Américains arriver par l’est. Par contre, la progression du 325th Glider Infantry Regiment du colonel Harry L. Lewis, qui opère plus au sud, n’aura pas les mêmes succès. En effet, les 508è et 505è, dans leur attaque « en coup de faux », n’ont eu à rencontrer que les hommes des faibles avant-postes du colonel Koenig alors que le 325è opérant plus au sud, va venir buter sur la ligne de défense principale. Il avance sur le hameau de La Poterie assez rapidement pendant un kilomètre et demi après avoir été initialement retardé par un champ de mines. Mais cette avance marque le pas : un char saute sur une mine, trois autres s’enlisent dans la boue, privant l’infanterie d’un soutien efficace et l’artillerie allemande envoie ses obus depuis le Mont Castre. Pire, cette progression est-ouest est prise de flanc sous le feu allemand provenant de la ligne principale de défense qui court au pied du Mont Castre.

 

Au soir de cette première journée d’offensive, le Maj. Gen. Ridgway a pris en compte un succès facile dans un secteur faiblement défendu autour du Mont Etenclin et pas une attaque qui n’avance plus que pas à pas, dans le secteur de la Poterie, face à la ligne principale de défense allemande solidement tenue.

 

Au sud-est de la 82è, dans la fourche orientale du « V », la 90th Infantry Regiment mène aussi l’attaque à partir de l’est en direction du sud-ouest, avec une mission fort difficile : prendre le Mont Castre depuis l’est et le sud. Cette mission va rapidement être le calvaire de la 90è. L’attaque démarre devant Prétot et Baupte. Le général Landrum, qui commande la division depuis le 12 juin, après que son prédécesseur ait été relevé, possède une expérience au combat acquise dans les îles Aléoutiennes. Mais il n’a pas réussi, en trois semaines, à donner du mordant et de la cohérence à sa nouvelle division. Deux régiments ont d’ailleurs reçu de nouveaux colonels, leurs prédécesseurs ayant eux aussi été limogés après le malheureux engagement de Pont L’Abbé. Ces handicaps vont rendre encore plus difficile la mission en cours.

 

La base de départ est étroite, coincée entre le secteur d’attaque de la 82è et les Marais de Gorges, le terrain est difficile : un réseau dense de haies desservi par des chemins creux avec la menace du Mont Castre qui domine tout. Le Maj. Gen. Landrum décide cependant de partager ses forces en attaquant le Mont par l’est avec un régiment (les 359è – colonel Clark K. Fales) et le contournant par le sud avec un autre régiment le 358è (colonel Richard C. Patridge). Le 357è est gardé en réserve et se jettera vers l’objectif assigné (la route Prétot / Périers en dessous du Plessis Lastelle) dès que le 358è aura dégagé le passage au sud du Mont. Ce plan ambitieux sous estime l’état actuel des forces allemandes.

 

L’attaque démarre à 5 h 30 (heure anglaise) sous la pluie. L’avance est satisfaisante, face aux faibles postes avancés allemands. Mais, au bout de deux heures de progression correspondant à un bon kilomètre, la 90è va être stoppée devant la ligne principale de défense par les Allemands qui vont résister avec beaucoup d’habileté. La 90è va perdre aujourd’hui 600 hommes. La progression va se faire avec une mauvaise coordination entre l’infanterie et les chars. L’un des bataillons du colonel Partridge va être bloqué toute la journée sur la ligne de départ par le feu de canons d’assaut allemands. L’autre bataillon du 358è avance très prudemment sur le hameau des Sablons. Le PC du bataillon tombe sous le feu des mitrailleuses et de l’artillerie des Allemands ; tout le personnel des transmissions est tué ou blessé. Il n’y a plus de communications. Le colonel décroche des Sablons pour obtenir un barrage d’obus au phosphore sur le hameau mais des véhicules chenillés allemands créent un mouvement de panique parmi les GI’s. Pour éviter le débandade, Patridge envoie son bataillon de réserve ce qui contribue à créer un embouteillage et à accroître le chaos. Pour éviter que les Allemands ne tirent avantage de la situation et contre attaquent, il envoie trois chars TD en couverture et la compagnie antichars du régiment au-delà des Sablons. Douze soldats du génie (appartenant au 315th Engineer Combat Battalion) sont dégagés par ces renforts. Le colonel Partridge réalise alors que seuls un canon d’assaut et deux engins chenillés allemands ont suffi à bloquer l’avance de son régiment. Le hameau des Sablons est écrasé sous le feu de l’artillerie américaine et les hommes de la 90è s’en empare à la tombée de la nuit ; ils ne pourront aller plus loin aujourd’hui, les Allemands ont lancé une petite contre attaque. Ces derniers ayant récupéré les positions atteintes par les Américains depuis les postes d’observation du Mont Castre, l’artillerie allemande profitera de la nuit pour arroser les positions reconnues de la 90è.

 

A l’ouest du dispositif du VIII Corps, la 79th Infantry Division du Maj. Gen. Wyche doit déboucher du secteur de Portbail pour atteindre son objectif final : Lessay et la vallée de l’Ay. Cette bonne division doit emporter sur son chemin le Haye du Puits et les hauteurs de Montgardon. Le Maj. Gen. Wyche lance deux régiments d’infanterie à l’attaque : le 314è (colonel Warren A. Robinson) à gauche suivant l’axe de la route Barneville / La Haye du Puits, enlevant le Mont de Taillepied (121 mètres) sur la gauche et attaquant La Haye du Puits frontalement ; le 315è (colonel Bernard Mc Mahon) à droite, le long de la côte, emportera la partie ouest des hauteurs de Montgardon (la partie orientale sera enlevée par le 314è conjointement à l’attaque sur la Haye du Puits) avant de descendre sur l’estuaire de l’Ay.

 

A l’aube du 3, sous la pluie, le colonel Robinson lance deux compagnies sur La Haye du Puits, une de chaque côté de la route principale. Au bout de sept cents mètres de progression, les compagnies sont clouées par des tirs de mitrailleuses en provenance du talus de la voie ferrée qui court parallèlement à la route. Ce sont là des postes avancés allemands de la 243è division. Le soldat (Pfc.) William Thurston va sauver la situation, chargeant seul et délogeant la position allemande à coup de fusil ; Thurston sera décoré de la DSC pour cette action héroïque. Les GI’s vont suivre leur camarade et plus de quatre kilomètres auront été parcourus à la fin de l’après midi. Une halte suit cette progression rapide qui a enlevé les avant postes allemands et a permis de parcourir à peu près la moitié de la distance menant à La Haye du Puits. Cette avance permet au colonel Robinson de faire obliquer vers l’est le bataillon qui suivait les compagnies de pointe objectif : prendre le Mont de Doville couronné d’une chapelle sur une éminence dénudée culminant à 121 mètres et qui va procurer un bon observatoire sur La Haye du Puits. Une patrouille de douze hommes arrive au pied du Mont à la tombée de la nuit et disparaît dans l’obscurité, tout contact est perdu pour l’instant avec eux.

 

Le 4 juillet

 

La nuit du 3 au 4 juillet ne va pas rester inactive pour les hommes de la 79è. C’est à 2 h 30 du matin (heure anglaise) qu’un officier de liaison d’artillerie arrive à établir le contact radio avec les hommes du colonel Robinson partis à l’assaut du Mont de Doville. Ils annoncent y être bien établis et de n’y avoir rencontré qu’un très léger poste allemand, le bataillon est maintenant sur la position. Robinson y envoie son bataillon de réserve et, à l’aube, l’éminence est entièrement nettoyée. Le reste du 314è va progresser rapidement sur La Haye du Puits avant d’être bloqué devant la localité par le feu de l’artillerie allemande. A l’est le contact est établi avec la 82è division de paras du général Ridgway. Par ailleurs, le 315è régiment du général Mc Mahon après une bonne progression initiale dès le matin du 3, a été rapidement freiné par le terrain coupé de haies et surtout par la rencontre de plusieurs engins blindés allemands. Ceux-ci ouvrent le feu sur les chars d’accompagnement américains, provoquant un mouvement de panique parmi les GI’s ; les fantassins refluent vers l’arrière dans la confusion. La situation sera reprise en main mais la progression va demeurer lente et, au soir du 4, à trois kilomètres des hauteurs de Montgardon, l’infanterie américaine sera de nouveau surprise par une attaque de l’infanterie allemande soutenue par quelques blindés. Deux compagnies d’infanterie qui se reposaient le long d’un chemin creux sont encerclées. Quatre officiers et cinquante hommes offrent une première résistance renforcée rapidement et l’artillerie, maintenant bien dirigée depuis le Mont de Doville, entre dans la danse. Les Américains vont tenir et les Allemands laisser 64 prisonniers.

 

A l’est de la 79è, les paras de la 82è Airborne Division sont maintenant au pied de la ligne principale de résistance allemande dominée par le Mont Castre. La progression va être difficile et confuse. Les paras s’attaquent à la crête de la Poterie dominant à 85 mètres. Cette ligne de collines fait partie de la défense allemande. La progression évolue à travers les haies. Plusieurs bataillons de divers régiments participent à l’opération. Ils vont effectuer leur rencontre à l’aube du jour suivant. Le Maj. Gén. Ridgway profite en effet de la nuit pour réussir l’assaut de la Poterie sans tomber sous le feu de l’artillerie allemande. Demain matin les paras vont tenir la position qui s’enfonce dans le ligne de défense allemande. L’infanterie adverse a décroché devant l’assaut en force des paras.

 

Dans le secteur de la 90è Infantry Division, cette nouvelle journée de combats va être de nouveau assez confuse et coûteuse en hommes. A l’aube, l’artillerie de la 90è déclenche un barrage pendant dix minutes. Ces tirs sont suivis d’une contre batterie allemande qui fait craindre une attaque allemande. Celle ci ne vient pas mais les fantassins américains restent sur place pendant près d’une heure. L’assaut va piétiner toute la journée. Un seul canon allemand va clouer le 358è du colonel Partridge en tirant seulement dix obus bien ajustés, tuant et blessant 60 hommes d’une compagnie. Une autre compagnie n’a plus que son commandant et 65 hommes. 90% des pertes sont le fait des obus de mortier et de l’artillerie. Trempés par la pluie, les hommes de la 90è sont écrasés par les coups venant du « Mont Terrible » qui les domine. A la tombée du jour, l’assaut démarre enfin. Les Allemands ont subi eux aussi des pertes. Le feu de l’artillerie américaine s’est abattu sur le Mont Castre, les Allemands n’ont pas de réserve (ils attendent le renfort du 15è régiment de paras) et, après le succès de la 82è à la Poterie, ils décident de raccourcir leurs lignes. La 90è profite de ce retrait et avance. La progression américaine des hommes de la 90è va être plus effective au sud, dans le secteur du régiment du colonel Partridge, dans le corridor qui contourne le Mont par le sud. Vers minuit, les GI’s sont épuisés et dispersés. Partridge donne l’ordre de stopper pour organiser une ligne de défense. Cette journée aura été très coûteuse pour la division. Le 90è a perdu 600 hommes le 3, les pertes sont aujourd’hui encore plus élevées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 5 juillet

 

Le front allemand est tenu largement par la 353è division du général Mahlmann : - le Ier bataillon du 942è régiment (le bataillon était commandé par le Major Ibe) est devant Montgardon, - le 353è bataillon du Génie (Capitaine Pillmann) défend La Haye du Puits, - le Ier bataillon du 943è régiment de grenadiers (bataillon commandé par le Major Dickertmann) tient le front devant Lithaire, ce bataillon est renforcé par des Osttruppen (Russes et Polonais), - le II e bataillon du 941è régiment de grenadiers (bataillon commandé par le capitaine Vogel) est en position dans le secteur de la Poterie. La 353è est flanquée sur sa gauche (à l’ouest) par les restes de la 243è (entre Montgardon et la mer) et sur sa droite (l’est du Mont Castre) par les restes de la 77è maintenant renforcée par le 15è régiment de paras. On notera que la 79th Infantry Division n’a en face d’elle que les restes de la 243è et deux bataillons (I. /942 et Pi. Btl. 353) de la 353è.

 

La 82è Airborne Division est seulement opposée à deux bataillons (I. /943 et II. / 941) de la 353è. La 90th Inf. Div. combat contre les restes de la 77è et les paras du 15è régiment. L’artillerie de la 353è est en position dans le secteur de Mobecq, renseignée par les observateurs placés sur le Mont Castre. Les restes de la 77. Infanterie Division sont renforcés par un bataillon de la 353è (I. / 941 – capitaine Rogge) et ceux de la 243è par un bataillon d’infanterie de la 353è (II. / 942 – capitaine Rosenow) et d’un groupe d’artillerie de cette même unité (I. /AR 353 – capitaine Tschirmer).

 

En cette nouvelle journée, le temps va être plus favorable à l’armée américaine. Il fait beau, l’aviation va pouvoir intervenir en soutien des opérations terrestres. A l’est (90th Inf. Div.) le Maj. Gen. Landrum persiste dans son effort pour ouvrir le corridor au sud du Mont Castre. Il y envoie le 357è, son régiment de réserve, en remplacement du 358è qui a déjà subi trop de pertes. Il échouera, ne progressant que très légèrement. Par contre, sur la droite, le 359è réussira à progresser sur le flanc du Mont Castre, parvenant à mi-pente. Mais ce sont là des positions précaires.

 

Au centre, la 82d Airborne Division va assurer ses positions sur la colline de La Poterie et nettoyer les petits points de résistance allemande.

 

A l’ouest, après avoir progressé assez rapidement et profondément les deux jours précédents, le Maj. Gen. Wyche (79th Inf. Div.) espère emporter aujourd’hui ses objectifs : prendre La Haye du Puits et parvenir jusqu’à l’estuaire de l’Ay en perçant à l’ouest de Montgardon ce qui permettrait d’encercler par le sud les Allemands en position sur Montgardon et La Haye du Puits. Il décide alors de lancer son régiment de réserve, le 313è (colonel Sterling A. Wood). Ce régiment ne démarre qu’à midi et va être freiné considérablement par un terrain marécageux et coupé par un inextricable réseau de haies. Il n’arrive au pied des hauteurs de Montgardon qu’à la fin de l’après midi. Les hommes débouchent alors dans une vaste prairie plate coupée par un petit cours d’eau. Ils tombent alors sous le feu roulant de l’artillerie allemande qui bloque ainsi l’attaque. A la tombée de la nuit, le 313è va subir deux contre-attaques successives de la part des fantassins allemands de la 243è qui repoussent dans la confusion les soldats américains plusieurs kilomètres en arrière. Dès les premières nouvelles de cet échec, le Maj. Gén. Wyche lance le 315è (col. Bernard Mc Mahon) de front, directement sur la hauteur principale de Montgardon (la cote 84) avec l’appui de chars et de Tank-Destroyers ; il réussit à prendre d’assaut le flanc nord de la hauteur.

 

Malgré le retour du beau temps, cette journée ne donnera au VIII Corps du Maj. Gén. Middleton que de faibles gains de terrain après la progression assez rapide des deux premières journées d’offensive. Les GI’s sont maintenant opposés à la ligne de défense principale des Allemands qui s’y sont habilement retranchés. Si l’armée américaine a déjà subi de lourdes pertes, elle dispose de réserves que n’ont pas les Allemands qui ont subi, eux aussi, des pertes sévères.

 

Le 6 Juillet

 

La 82d Airborne Division attend maintenant d‘être relevée par la 8th Infantry Division et de rentrer en Angleterre. Elle a assuré ses positions sur les collines de La Poterie et compte ses succès et ses pertes. Elle a capturé 772 soldats allemands et compte 500 Allemands tués et blessés dans le secteur qu’elle a conquis depuis le 3 juillet. Elle a aussi détruit et capturé sept pièces allemandes : 2 pièces de 75 mm, 2 pièces de 88 mm et 1 canon antichar de 37 mm. Mais ses pertes sont aussi très lourdes, équivalentes à celles que les Allemands ont subies. Le seul 325th Glider Infantry Regiment comptait 2 973 hommes avant le 6 juin (135 officiers et 2 838 hommes), il n’a plus que 1 300 hommes valides (55 officiers et 1 245 hommes) le 2 juillet, au début de l’offensive. Quatre jours après, il n’y a plus mille hommes (41 officiers et 956 hommes), soit à peine le tiers de l’effectif initial ! La plus forte compagnie du régiment est réduite à 57 hommes, la plus faible à 12 hommes… Ce régiment a subi les pertes les plus lourdes au sein de la 82è, mais les autres régiments de la division ont subi des pertes presque aussi importantes.

 

A l’ouest, (79th Inf. Div.) pour assurer son succès de la veille sur la hauteur de Montgardon, le Maj. Gen. Wyche revient à un plan moins ambitieux : il faut prendre la cote 84 qui permettra de dominer La Haye du Puits par l’ouest. Il lance deux régiments sur ce seul objectif : - le 314è engagé face à La Haye oblique vers la droite pour prendre le flanc est du Mont, - le 315è attaque de front sur le flanc nord. Le 313è est mis en réserve à l’arrière. L’attaque commence dans la matinée, à midi le 314è a emporté ses objectifs. Dans l’après-midi, les trois régiments déclenchent une attaque générale. Alors que le 313è se heurte à des champs de mines et de barbelés sur la droite (flanc ouest), le 315è (au centre) s’empare du sommet et le 314è conforte ses positions sur le flanc est. Le Maj. Gen. Wyche aura une vue plongeante dès demain sur La Haye du Puits et pense prendre cette localité dans la foulée. L’optimisme est donc de règle à l’état major de la 79è en cette soirée du 6 juillet.

 

La 90th Inf. Div. sera inégale dans le sort des armes en cette journée du 6 juillet. Elle va connaître un succès sur le flanc nord du Mont Castre et un échec au sud de celui-ci. Un bataillon du 359è, appuyé par l’artillerie et l’aviation, escalade le flanc nord du Mont. Attaqués de toutes parts, les Allemands doivent raccourcir leur front. A la tombée de la nuit, quatre bataillons US s’accrochent au sommet du Mont Castre. Mais ce succès  va étirer aussi la ligne de front de la 90è qui subit le tir de lance-fusées allemands. Cet étirement, compliqué par la nature très accidentée du terrain, fait que les positions américaines s’étalent de manière discontinue ce qui rend tout déplacement difficile. L’évacuation des blessés est problématique. Les Allemands s’infiltrent entre les points d’appui américains, rendant précaire leur ravitaillement. Le Maj. Gen. Landrum est contraint de relever en fin de journée un bataillon épuisé physiquement et moralement. La pluie a recommencé à tomber en fin d’après-midi. A la tombée du jour, les Allemands vont reprendre l’initiative, opérant à la faveur de la nuit sombre et pluvieuse. Ils connaissent parfaitement le terrain – ce qui n’est pas le cas des Américains – et la contre-attaque est utilisée par les Allemands comme méthode de défense offensive. Par contre, les résultats de l’attaque vont être plus préoccupants dans le « corridor », au sud-est du Mont. L’assaut démarre à l’aube, trois compagnies du 357è (colonel Barth) s’emparent du hameau de Beaucoudray (près du Plessis Lastelle) et progressent quelque peu vers le sud. Mais la position est vulnérable, à 23 h 15 (heure anglaise), les tubes de l’artillerie et les mortiers allemands se déchaînent sur le « corridor », précédant une contre-attaque. Deux compagnies du 357è sont encerclées par les Allemands à Beaucoudray.

 

Le 7 juillet

 

A l’aube du 7, le colonel Barth (90th Inf. Div.) lance une compagnie soutenue par deux sections de chars moyens sur Beaucoudray pour dégager ses hommes du 357è encerclés. Mais ils tombent sous le feu des mortiers et une contre-attaque allemande. Les GI’s ont perdu tous leurs officiers et sous-officiers, tués ou blessés. Sans encadrement, les survivants battent en retraite dans l’après-midi. L’une des compagnies encerclées se rend, la nouvelle en est apportée par un homme qui réussit à s’échapper par le Marais de Gorges.

 

Mais c’est encore au nord du Mont Castre que la 90è va remporter des succès en cette nouvelle journée. A l’aube, elle tient tout le sommet du Mont et particulièrement le point le plus élevé (la cote 122) et tout le flanc nord-est de l’éminence. Mais le ciel est envahi par la pluie et les soldats peinent dans la boue où ils s’enfoncent. Les Allemands vont empêcher tout nouveau progrès sur le Mont Castre et le Maj. Gen. Landrum met en ligne tout ce qu’il a sous la main, il ne lui reste plus qu’une seule compagnie en réserve. Du côté allemand, la principale défense du Mont Castre est maintenant assurée par le 15è régiment de paras (Fallschirmjäger-Regiment 15), commandé par le colonel Gröschke et constitué de jeunes recrues qui ont à peine terminé leur instruction.

 

Mais les Allemands reçoivent un renfort sérieux : la 2. SS-Panzer-Division «  Das Reich » arrive du Sud-Ouest et rejoint le front de Normandie par échelons. Elle envoie, dès le 5, un Kampfgruppe (groupement tactique) dans le secteur de La Haye du Puits. Ce Kampfgruppe Weidinger (du nom de son chef le commandant Otto Weidinger) est constitué d’un état major (Rgt. Stab « DF » appuyé par les 14. /DF et 15. /DF), d’un bataillon de grenadiers (III. /DF), d’un groupe de reconnaissance (Pz. Aufkl. Abt. /DR), d’un groupe de canons d’assaut (Stu. Gesch. Abt. /DR) et d’un groupe d’artillerie (III. Art. Rgt. DR). Les initiales « DR » et « DF » signifient respectivement « Das Reich » et « Der Führer » qui correspondent au nom même de la division et à l’un de ses régiments de grenadiers. L’autre régiment de grenadiers, le régiment « Deutschland », est désigné par la lettre « D ». Cette force tactique compte environ 4 000 hommes et associe des fantassins, des blindés légers, des canons d’assaut et de l’artillerie ; c’est donc une force particulièrement mordante, servie par des hommes offensifs et déterminés, dont certains sont aguerris par les combats sur le Front Russe. La division s’est mise en marche le 8 juin et n’a mis que six jours pour venir de la région de Toulouse; elle arrive à partir du 14 juin dans la région de Saint Lô en réserve du groupe d’armée. Freinée quelque peu au départ par des embuscades menées par la Résistance et l’exécution sommaire de soldats de l’unité, elle réplique fortement par la répression sanglante d’Oradour, ce qui lui ouvre le chemin du front. Des hommes de la section du génie du groupe de reconnaissance et de la 3è compagnie du IIIe bataillon du régiment « Der Führer » ont participé à ces répressions (Tulle et Oradour).

 

Le Kampfgruppe Weidinger a déjà été engagé sur le Front de Normandie, les 27 et 28 juin, pour participer à la contre-attaque allemande dans le secteur de l’Odon, à l’ouest de Caen. Après l’arrivée du IIe corps blindé SS, le Kampfgruppe a été ramené dans le secteur de Saint Lô et jeté dans la bataille de La Haye du Puits. A l’aube du 6 juillet, le Kampfgruppe Weidinger est à Périers et rejoint Lessay. Le bataillon de grenadiers (III. /DF) est engagé sur Montgardon en appui de l’aile gauche de la 353è en face de Lithaire et face aux GI’s de la 79e. Le groupe de reconnaissance (A.A. /DR) vient soutenir l’aile droite de la 353è en face de Lithaire et sur le flanc ouest du Mont Castre. Le groupe d’artillerie (II. Abt. /Art. Rgt. 2 DR) est placé entre Laulne et Vesly (au sud ouest du Mont Castre). Le groupe de canons d’assaut reste en réserve à Mobecq. Un autre bataillon de la division « Das Reich » va être engagé en renfort sur le Mont Castre ; il s’agit du IIIe bataillon du régiment « Deutschland » (III. /D). Mais, dès cette première journée d’engagement, les unités de la Das Reich subissent de plein fouet l’assaut des chasseurs bombardiers (avant que la pluie ne se mette à retomber dans la fin de l’après-midi du 6 juillet). Le capitaine Rhöder, qui commande le groupe de canons d’assaut, est blessé. La contre-attaque des hommes du régiment Deutschland sur le Mont Castre est clouée au sol. En ce 7 juillet, le III. /D rattaché au Kampfgruppe 77.ID (les restes de la 77è) relance son attaque dans le secteur du Mont Castre à partie de 17 heures (heure locale / heure allemande) avec l’appui de canons d’assaut ; à la tombée de la nuit les américains sont rejetés au nord de la voie ferrée Carentan / La Haye du Puits, à l’ouest du Mont.

 

Dans le secteur ouest du front, à l’état-major de la 79th Inf. Div., l’optimisme de la veille va tomber. Les hommes du IIIe bataillon du régiment « Der Führer » attaquent dans l’après-midi les hauteurs de Montgardon ; l’assaut est particulièrement violent, soutenu par des véhicules chenillés et l’appui de l’artillerie qui dégage le sommet. Mais deux régiments de la 79è résistent avec l’appui de chars et grâce à leur supériorité numérique (deux régiments face à un bataillon, soit six contre un – ou trois contre un si la 243è a engagé un bataillon comme il semblerait). Trois chars allemands sont détruits, les Allemands sont stoppés à la tombée de la nuit mais les Américains n’auront pu, en cette nouvelle journée, dévaler les hauteurs de Montgardon. La situation est encore plus décevante pour le Maj. Gen. Wyche devant La Haye du Puits qui ne pourra être prise d’assaut, comme prévu, ce 7 juillet. Le bataillon du génie commandé par le capitaine Pillmann s’accroche dans la localité.

 

L’unité est exsangue, elle se maintient, confiante dans la contre-attaque des grenadiers du Kampfgruppe Weidinger. Cette nouvelle journée est coûteuse pour la 79th Inf. Div. qui vient de perdre 1 000 hommes ! La division compte maintenant un total de plus de 2 000 pertes en cinq jours de combat.

 

Le 8 juillet

 

Le Maj. Gen. Middleton fait le bilan des opérations menées par le VIII Corps depuis maintenant plus de cinq jours. Les pertes globales du corps d’armée sont de l’ordre de 15%. L’objectif initial – le secteur de Lessay- est loin d’être atteint puisque l’offensive n’est arrivée qu’à mi-chemin de l’objectif visé. Il serait cependant inexact de considérer que la mission n’a été qu’à moitié remplie ; le terrain déjà conquis comporte les obstacles les plus difficiles. Il ne reste plus qu’à enlever La Haye du Puits, dévaler le Mont Castre et les hauteurs de Montgardon pour déboucher sur un terrain plus facile au nord de Lessay. Il est certain aussi, qu’en plus de la difficulté du terrain, les troupes allemandes opposées ont fait preuve d’une grande habileté et d’une grande détermination. La plupart des prisonniers faits par le VIII Corps (543 le 3 juillet, 314 le 4, 422 le 5, 203 le 6) sont des « est-européens » non allemands. Dans cette opération, la 82d Airborne Division, unité d’élite, a été à la hauteur de sa réputation mais n’a pas eu un secteur aussi difficile que les 79è et 90è qui, toutes deux, se sont moins bien comportées au combat que la 82è. Elles ont toutefois réussi à enfoncer la « Ligne Mahlmann » sur presque toute sa longueur ce qui est déjà un très beau résultat, prometteur pour les opérations ultérieures. La pluie a été un autre sérieux handicap pour le Maj. Gen. Middleton. Cependant, l’étendue des pertes ne lui permettra pas de soutenir son effort sur l’ensemble du front ce jour et les suivants. Si les pertes globales du corps sont de 15%, celles des régiments d’infanterie sont de l’ordre de 40% ! Le bilan est très lourd à la 90th Inf. Div. qui, en cinq jours de combat (tableau des pertes le 7 au soir), comptait déjà 2 000 pertes pour six kilomètres de terrain gagné (un homme tous les trois mètres).

 

La 82è va être retirée du front pour être remplacée par la 8th Infantry Division. Les 79è et 90è étant trop épuisées, cette nouvelle division –qui manque d’expérience- assurera l’effort principal dans les jours à venir.

 

Dans l’immédiat, les ambitions du corps d’armée se limitent à un seul objectif : La Haye du Puits. Le « coup de grâce » sera asséné par la 79th Inf. Div. qui connaît bien le secteur alors que la 8th Inf. Div. ne fait qu’arriver en ligne. Du côté Allemand, une nouvelle tentative de contre-attaque des hommes de la « Das Reich » sur Montgardon échoue. Dans La Haye du Puits, le bataillon du génie de la 353è ne compte plus que 30 à 40 hommes et enregistre 90% de pertes ! Son chef, le capitaine Pillmann, est porté disparu. L’unité a totalement fondu sous les bombardements de l’aviation et de l’artillerie, en défense et en contre-attaque. Il ne reste plus aux quelques survivants qu’un dernier combat à mener avant le décrochage. Les abords de la localité ont été minés par les Allemands. La 79th Inf. Div. lance un bataillon d’infanterie à l’assaut avec le soutien de l’artillerie, des mortiers, de chars. Devant les champs de mines, les GI’s essuient le feu de mortiers et de mitrailleuses provenant des lignes allemandes, en fin d’après-midi. Les mitrailleurs allemands sont camouflés dans des tranchées qui n’avaient pas été repérées par les Américains. L’infanterie US subit de lourdes pertes mais réussit à s’infiltrer au nord-ouest de la localité. La nuit est éclairée par les incendies qui ravagent les maisons de ce bourg normand. Une compagnie décimée de GI’s ouvre des chemins dans les champs de mines tandis que d’autres GI’s nettoient les maisons des tireurs isolés qui s’y trouvent encore. En cette nuit du 8 au 9 juillet, les soldats américains sont enfin arrivés au centre de La Haye du Puits.

 

Le 9 juillet

 

Le nettoyage de la petite cité sera achevé aujourd’hui et la 79th Inf. Div. confie à midi ce secteur aux hommes de la 8th Inf. Div . Les Allemands vont essayer de stabiliser une nouvelle ligne de défense au sud de Montgardon et du Mont Castre, en renouvelant ce jour quelques assauts sur ces deux points. Mais la « Bataille de La Haye du Puits » est maintenant terminée.

 

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La bataille de La Haye-du-Puits

(3 au 9 Juillet 1944)

 

 

 

Dès le 20 juin, les troupes américaines ont mené une petite attaque locale sur les postes avancés du colonel Koenig, effectuant une percée sur Prétot et le Bois de Limors. Cette attaque va entrainer l’arrivée d’éléments de la 353. Infanterie-Division sur les flancs nord-est du Mont Castre et sur la hauteur de Montgardon pour constituer la Mahlmann Linie.

 

Le 2 juillet, le VIIIe Corps, sous les ordres du Maj.Gen. Troy Middleton, est enfin prêt à passer à l’offensive. Il regroupe 3 divisions ayant participé aux combats du mois de juin : la 79th Infantry Division la 82d Airborne Division et la 90th Infantry Division.

 

La 79th Infanterie Division, commandée par le Maj.Gen Ira T. Wyche, aligne trois régiments d’infanterie : le 313e, le 314e et le 315e. Elle aligne aussi quatre groupes d’artillerie, un bataillon du Génie et des unités divisionnaires.

 

La 82d Airborne Division, commandée par le Maj.Gen Mattew B. Ridgway, aligne trois régiments de paras le 505e, le 507e et le 508e et le 325th Glider Infantry Regiment ainsi que deux groupes d’artillerie, un bataillon du Génie, les services. Cette division d’élite s’est illustrée dans le secteur de Sainte-Mère-Eglise, lors de la traversée du Merderet et de la prise se Saint Sauveur Le Vicomte. Elle a perdu la moitié de ses effectifs dans ces combats et participera ici à son dernier engagement sur la terre normande avant de rejoindre l’Angleterre pour y être reconstituée.

 

La 90th Infantry Division est commandée par le Maj.Gen Eugene M. Landrum. Elle aligne trois régiments d’infanterie : le 357e, le 358e et le 359e. Le baptême du feu de cette division à Pont-l’Abbé a été désastreux, unité de « bleus » manquant de cohésion et d’expérience. Elle va maintenant se forger dans un dur combat.

 

Pour son offensive du 3 juillet, le VIIIe Corps bénéficiera d’un appui aérien et d’un important soutien d’artillerie. Le Maj. Gen. Middleton, qui doit mener cette opération, est dans l’armée depuis 1910 et a fait les preuves de ses capacités comme commandant d’une division en Sicile et en Italie. La 82d Airborne Division sera remplacée, au sein du corps d’armée, une fois l’opération terminée, par la 8th Infantry Division récemment débarquée.

 

L’objectif. La presqu’Ile du Cotentin est coupée, à sa base, par des prairies marécageuses. Un isthme de terres fermes se trouve à l’ouest, à la hauteur de Portbail. Au-delà, les marais de Gorges forment, à l’est, un autre obstacle envahi par les eaux. Entre ces marais et l’Océan Atlantique, la petite ville de La Haye-du-Puits constitue un carrefour stratégique essentiel où convergent quatre routes. Mais cette petite cité est entourée de hautes collines constituant autant de défenses naturelles. Le Mont de Doville (121 mètres) et le Mont Etendin (131 mètres) se dressent au nord de la bourgade qui est dominée, à l’est, par la masse énorme du

Mont-Castre (122 mètres) et, à l’ouest, par les hauteurs de Montgardon (84 mètres). Ces quatre collines constituent des obstacles difficiles à enlever mais aussi et surtout d’admirables postes d’observation pour les artilleurs allemands. Du haut du Mont-Castre, les Allemands peuvent observer les plages de débarquement du secteur d’Utah Beach.

 

 

 

Comme nous l’avons vu, la défense allemande s’étage sur plusieurs lignes. La première est un rideau d’avant postes clairsemés, destinés seulement à freiner l’offensive pour donner le temps à la ligne principale de défense (Mahlmann Linie) de se préparer à attendre l’assaut de pied ferme. Cette première ligne, alignant environ 3 500 hommes face à trois divisions américaines, pliera rapidement et devra se replier sur la ligne principale et la renforcer en s’y intégrant.

 

La ligne principale à ce moment est une force combattante totale de 6 000 hommes dont 4 500 en ligne et un bataillon de marche de 1 500 hommes environ.

 

Pour le Major General Middleton, cette offensive est essentielle. Les troupes américaines sont en effet bloquées dans la presqu’île du Cotentin. Il leur faut sortir du piège des marais pour atteindre un terrain plus ferme et plus plat où les chars pourront enfin évoluer et l’offensive s’étendre.

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Du 3 au 10 juillet 1944 - La bataille de La Haye-du-Puits